Betty , 43 ans, Ghana

« J’ai été transférée dans un centre de rétention administrative pour être renvoyée au Ghana et on m’a dit que mes enfants resteraient en France. J’étais vraiment bouleversée. »

Betty* est arrivée en France il y a 20 ans. Elle est la mère de quatre enfants qui ont uniquement vécu en France. Elle a été condamnée par un tribunal pénal à une peine de cinq ans de prison et à une interdiction judiciaire du territoire français. Cela signifie que, tant que l’interdiction du territoire n’a pas été relevée, elle ne peut pas déposer de demande de titre de séjour. Elle a demandé à plusieurs reprises à être assignée à résidence, qui est une condition préalable à la procédure de relèvement de l’interdiction du territoire, mais n’a jamais reçu de réponse de la part des services du préfet. Elle n’a pas de passeport et le consulat ghanéen a refusé de délivrer un laissez-passer consulaire. Elle a tout de même passé 45 jours en centre de rétention administrative (CRA).

Une arrivée en France 20 ans auparavant
Je suis entrée en France avec un visa touristique en 1993. J’ai essayé d’obtenir un titre de séjour mais pas tout de suite. La première fois que j’ai demandé un titre de séjour c’était en 1996, après la naissance de mon premier enfant. Mais ma demande a été rejetée car je n’avais pas assez de preuves.

Je me suis mariée en 2001 avec un homme ghanéen. Il est le père de mes trois premiers enfants. Deux semaines plus tard, nous avons été arrêtés par la police et incarcérés. J’ai été libérée jusqu’au procès. J’ai été condamnée à cinq ans de prison et mon mari à une peine de sept ans. On a fait appel. En 2004, la cour d’appel a confirmé la peine de cinq ans de prison et m’a aussi condamnée à une interdiction définitive du territoire français.

Mais j’ai continué de vivre avec mes enfants, la peine de prison n’a pas été exécutée tout de suite. Je me suis séparée de mon mari. J’étais seule avec mes trois enfants et je ne pouvais plus payer les factures de tous les jours. C’était vraiment difficile pour moi de répondre à leurs besoins et j’ai donc demandé aux services sociaux de mettre mes deux fils aînés en famille d’accueil. Je vivais alors avec ma plus jeune fille. En 2006, j’ai rencontré mon partenaire actuel qui a une carte de résident de dix ans. Nous vivions ensemble avec ma fille et notre fils qui est né en 2007. Mes deux fils aînés venaient nous voir à chaque vacances.

Faire des sacrifices
En 2009, je voulais régulariser ma situation et j’ai demandé conseil au juge des enfants. Il m’a conseillé d’exécuter ma peine de prison et ensuite de demander le relèvement de l’interdiction du territoire. J’ai accepté et j’ai été emprisonnée à Fleury-Mérogis en février 2009. J’ai fait trois ans sur la peine de cinq ans. Je devais être libérée en janvier 2012 mais au lieu de ça j’ai été placée en centre de rétention pour mon renvoi au Ghana.

En rétention, j’ai demandé à être assignée à résidence. Le juge a dit que mes enfants étaient en famille d’accueil depuis longtemps et que rien ne disait que j’allais m’en occuper plus tard. Mais le juge des enfants avait expliqué dans un courrier que je m’occupais bien de mes enfants et qu’il attendait seulement que ma situation s’améliore pour que je puisse les prendre à la maison. C’était vraiment injuste. Il s’en foutait de ma situation le juge de la rétention.

Il n’y a pas de justice. J’ai fait confiance à la justice. J’ai décidé d’aller en prison, ce n’est pas la police qui est venue me chercher. J’ai laissé mes enfants. Mon dernier avait seulement deux ans. Après tout ça, ils m’envoient en rétention pour encore 45 jours. J’étais vraiment déçue et bouleversée. J’avais toujours la force, j’ai prié tout le temps.

La rétention était longue mais ça s’est bien passé. Je téléphonais tout le temps à la maison, à mon compagnon. Je comptais les jours. Je n’ai pas fait appel des décisions du juge des libertés car j’en avais marre de l’administration et du système judiciaire. Pour moi, quoique je fasse, j’allais rester 45 jours. Je voyais les gens qui venaient et qui partaient, qui venaient et qui partaient.

Comme une bénédiction
Heureusement que le consulat ne m’a pas reconnue. Pourtant, la préfecture a mis la pression sur le consulat pour signer. C’est grâce à ça que je suis sortie, que j’ai pu voir mes enfants. Sinon, je ne sais pas ce qui ce serait passé. Je n’aime pas raconter tout ça, ça me rend triste.

Mes quatre enfants sont français ou vont le devenir et dans ce cas, selon la loi, l’administration doit enlever l’interdiction du territoire. Je ne vais pas quitter mon fils de six ans. Il est déjà resté entre deux et cinq ans sans sa maman. Ma fille vit avec moi. Je suis la seule responsable pour elle. Elle ne veut pas aller au Ghana, elle ne connaît que la France, elle ne parle pas anglais mais seulement le français.

Je veux trouver un travail et gagner de l’argent pour m’occuper de mes enfants. Je veux trouver un logement assez grand pour que tous mes enfants puissent vivre avec moi. On est une famille mais on n’est pas ensemble. Pour l’instant, ils sont en famille d’accueil. Tout se passe bien, ils travaillent bien à l’école et leur famille d’accueil est très gentille mais ils ont besoin de leur maman.

Je n’ai pas de vie pour le moment mais j’ai des enfants.

20 ans en France
Toujours en situation irrégulière et non éloignable pour des raisons administratives

*pseudonyme