Michel, 31 ans, Burundi

« A cause de cette situation impossible, j’ai l’impression que ma vie est bloquée »

Michel a quitté son pays à l’âge de 15 ans, après que ses parents aient été tués sous ses yeux. Le voyage de Michel jusqu’en France a duré trois ans, pendant lesquels il a traversé plusieurs pays (Gabon, Côte d’Ivoire, Espagne). Depuis 2002, Michel a été détenu quatre fois, pour une durée totale de 3 mois. La dernière fois, il a été libéré par les autorités françaises après qu’une hépatite lui ait été diagnostiquée, laquelle ne peut être soignée au Burundi. Michel n’ayant pas de document d’identité, la France ne pouvait de toute façon pas le renvoyer dans son pays.

Les dures réalités du Burundi
J’ai quitté mon pays en 1997 après que mes parents aient été tués devant moi. J’avais 15 ans. Je suis parti en Côte d’Ivoire où je suis resté un an puis je suis parti au Gabon où je suis resté un an et demi. Au Gabon, j’ai travaillé et rencontré des gens qui m’ont vraiment aidé. Ils m’ont obtenu un faux passeport que j’ai utilisé pour venir en Europe.

Je n’ai pas essayé de régulariser ma situation en France pendant plusieurs années. J’ai été arrêté et placé en centre de rétention administrative en 2002 mais seulement pendant quelques jours. Je me sentais plutôt en sécurité car les policiers de ma ville connaissent ma situation et ils me laissent tranquille. C’est quand je suis dans d’autres régions que je suis arrêté.

J’ai travaillé chaque fois que je l’ai pu, principalement sur des marchés.

Une situation kafkaïenne
Ce n’est qu’en 2011, après un court séjour en prison, que j’ai décidé que je devais obtenir une autorisation de séjour en France. Je suis allé au consulat du Burundi à Paris pour obtenir un acte d’état civil. J’avais besoin de ce document pour demander un titre de séjour. Cependant, on m’a expliqué que je ne pouvais obtenir ce document qu’au Burundi. Comme je n’ai plus aucun contact là-bas, je suis bloqué.

Je ne peux pas retourner au Burundi car mon consulat refuse de me reconnaître comme l’un de ses ressortissants. Donc, les autorités françaises ne peuvent pas obtenir de laissez-passer pour me renvoyer dans mon pays, malgré plusieurs placements en rétention. Je ne peux donc pas obtenir un acte d’état civil ni demander un titre de séjour en France.

Vie en détention
J’ai été détenu à quatre reprises en France. J’ai trouvé que les trois centres dans lesquels j’ai été placé étaient assez différents les uns des autres. Les centres de Palaiseau et Plaisir sont plutôt petits donc ils étaient moins angoissants. Le centre de Toulouse est très grand et ressemble beaucoup à une prison. Il est situé à l’extrémité des pistes de décollage de l’aéroport et on peut donc entendre les avions décoller à longueur de journée : dans la chambre, lorsqu’on mange, lorsqu’on dort. C’est extrêmement stressant puisqu’on ne sait pas si on sera dans le prochain vol.

Au quotidien, la vie en détention est très ennuyeuse. Il n’y a pas grand-chose à faire. J’essayais de dormir beaucoup. J’avais toutefois du mal à dormir la nuit car j’étais très angoissé.

En détention, je me sentais complètement bloqué. Pour moi, le simple fait de ne pas être en règle ne peut pas justifier d’être privé de liberté aussi longtemps. J’ai l’impression que ma vie est bloquée puisque je ne peux régler ma situation : je ne peux pas obtenir de titre de séjour en France mais je ne peux pas être renvoyé au Burundi non plus. C’est sans fin.

Le droit à une vie normale
La dernière fois que j’ai été placé en détention, j’ai été libéré par la préfecture car une hépatite m’a été diagnostiquée et aucun traitement n’est disponible au Burundi. La préfecture doit examiner mon droit de rester en France pour des raisons de santé et j’attends une réponse.

Je veux rester en France parce que ma vie est désormais ici. Je suis dans ce pays depuis 13 ans. Je n’ai plus personne au Burundi : je suis parti à l’âge de 15 ans, après le meurtre de mes parents. L’idée d’être renvoyé au Burundi me rappelle combien la situation était violente et dangereuse là-bas ainsi que la mort de mes parents. J’ai risqué ma vie pour quitter le Burundi et je ne veux pas y retourner.

J’ai été détenu pendant longtemps, bien que la préfecture sache qu’ils ne pouvaient me renvoyer dans mon pays. Cela me semble injuste et excessif.

Je me sens très frustré car je veux une vie normale : me marier, avoir un travail, des enfants, etc. Je veux aussi ma part du gâteau !

Je suis très choqué par l’idée qu’on puisse enfermer des gens uniquement parce qu’ils n’ont pas de papiers. Ils n’ont rien fait de mal et ne sont pas dangereux. Certaines personnes ont tout perdu après avoir été arrêtées : leur travail et leur famille.

 

13 ans en France
Toujours en situation irreguliere et non éloignable pour des raisons administratives