Muhammad, 32 ans, Iran

« Ma situation est sans espoir. La maladie que j’ai attrapé en France me détruit jour après jour et il n’y a rien que je puisse faire »

Muhammad* a fui l’Iran en 2009 après avoir été inscrit sur la liste noire des services secrets iraniens pour sa participation au soulèvement post-électoral. La France n’a pas pu le renvoyer parce que les autorités iraniennes ont déclaré qu’elles ne délivreraient pas de laissez-passer pour un retour forcé. Au moment de l’entretien, en janvier 2013, il avait été détenu trois fois dans un centre de rétention administrative. Il a été détenu deux autre fois en février 2013, de nouveau interpellé alors qu’il cherchait à gagner le Royaume-Uni caché dans des camions. La dernière fois, il a été libéré après que le médecin du centre ait considéré son état de santé mentale comme incompatible avec la détention : ses périodes répétées de détention l’ont rendu fou. 

Fuir l’oppression
J’ai fui mon pays parce que j’ai participé activement au soulèvement post-électoral qui a suivi les élections présidentielles en Iran en 2009. Suite à cela, j’étais sur la liste noire des services secrets iraniens. Ma vie était alors en danger.

Je suis arrivé en France le 20 novembre 2010, à Chamonix plus précisément. Je suis arrivé par l’Italie. Nous avons passé la frontière en minibus. J’ai été contrôlé par des agents de police à mon arrivée à Chamonix. Ils ont vu que la carte d’identité n’était pas la mienne car je ne ressemblais pas à la personne sur la photo. J’ai été conduit au poste de police et j’en suis sorti deux heures plus tard avec la décision d’obligation de quitter le territoire français entre mes mains.

Je me suis ensuite rendu à Paris où j’avais rendez-vous avec mon passeur. Il devait me conduire en Angleterre. Ma mère lui avait envoyé 1 500€ pour ça et j’avais déjà donné à des passeurs la somme de 6 000€ à mon arrivée en Grèce. Il n’est jamais venu au point de rendez-vous.

J’ai été condamné à une peine de trois ans de prison et à une interdiction judiciaire du territoire français de trois ans pour des faits de violence et de vol. Je voulais trouver un endroit pour m’abriter et passer la nuit. Je suis entré dans un immeuble et j’ai dormi dans un local. Le matin, quand je voulais partir de l’immeuble, j’ai été surpris par deux agents de sécurité et une bagarre très violente a éclaté. Ensuite, la police est venue, m’a poursuivi, attrapé et frappé violemment. J’ai passé vingt-cinq jours à l’hôpital.

J’ai passé deux années à la prison de La Santé. A ma libération, j’ai été transféré au centre de rétention administrative de Vincennes. J’ai été libéré par le juge des libertés et de la détention après six jours.

J’ai tenté douze ou treize fois de me rendre en Angleterre, caché dans les remorques des camions ou sous les essieux. J’ai été enfermé au centre de rétention administrative de Coquelles à deux reprises.

La première fois que j’ai été placé à Coquelles, le pays de destination était l’Iran. Durant mon séjour en rétention, les policiers ont contacté les services du consulat d’Iran en France qui leur ont répondu qu’ils délivreraient le laissez-passer que si j’acceptais de retourner en Iran. Lorsque les policiers m’ont interrogé, je leur ai répondu que jamais je ne rentrerais dans mon pays. Me renvoyer là-bas est donc impossible.

La deuxième fois, la police m’a trouvé caché dans la remorque d’un camion. L’administration, ne pouvant pas me renvoyer en Iran, a décidé de me renvoyer en Belgique puisque je suis monté dans un camion qui vient de ce pays.

La vie en détention
Au centre de rétention, le temps est marqué par l’ennui. Je passe mon temps à dormir, réfléchir, manger, m’angoisser, prendre des cachets et discuter avec les autres migrants. En rétention, il y a une solidarité entre les personnes enfermées, chacun s’entraide comme il le peut. Je me suis fait des amis ici, des Iraniens surtout. J’en connaissais déjà certains : nous vivions ensemble dans le campement de migrants de Téteghem avant notre interpellation.

La vie dans le centre de rétention de Coquelles est moins difficile que dans celui de Vincennes. En effet, il y a beaucoup de vols à Vincennes et je me sentais un peu isolé car il y a très peu de personnes d’origine iranienne, contrairement à Coquelles.

Au plus bas
Je voulais demander un titre de séjour pour raisons médicales en France. En effet, lorsque j’étais en prison, j’ai attrapé une maladie grave qui nécessite de lourds traitements. Or, je ne peux pas demander une régularisation de ma situation en France puisque j’ai une interdiction du territoire français.

Je pense que le centre de rétention, c’est quelque chose pour les personnes mauvaises, les trafiquants, les voleurs. Moi, je suis jeune, je ne suis pas une mauvaise personne, je suis malade. Ce n’est pas juste d’être à nouveau enfermé. Je sais que j’ai été en prison mais c’était un accident, je ne souhaitais pas ce qui s’est passé.  Si je n’avais pas eu de problèmes en Iran,  je ne serais jamais venu en Europe pour vivre une vie misérable, dormir dans la rue, me cacher sous des camions…

Lorsque je vivais en Iran, j’avais une fascination pour la France. C’était un pays que j’aimais beaucoup. Aujourd’hui, tout a changé. Je ne peux pas rester en France car j’ai une interdiction judiciaire du territoire français. La France a pris ma vie. C’est dans une prison française que j’ai attrapé ma grave maladie, celle qui me détruit jour après jour. Avant d’arriver en France, j’étais en bonne santé, j’étais quelqu’un de très sportif. Aujourd’hui, je ne suis plus que l’ombre de moi-même. La France a pris ma vie et ensuite elle me dit « casse-toi ».

Le pire est que je ne peux même pas demander un titre de séjour en France pour soigner ma maladie que j’ai attrapé dans une prison française à cause de mon interdiction du territoire français.

Je veux toujours aller en Grande-Bretagne pour demander l’asile et être avec ma famille. En effet, mon oncle, ma tante, mes cousins et des amis de ma famille habitent là-bas. En France, je ne connais personne.

Trois ans en France
Il est non éloignable pour des raisons administratives

*pseudonyme