Tidiane, 16 ans, Mali

« Je pense que j’ai été libéré à cause de la guerre au Mali. J’ai toujours très peur d’être renvoyé au Mali. Je n’ai plus personne là-bas »

Tidiane a quitté son pays il y a un an, en octobre 2012, après avoir échappé à une attaque de sa maison par des rebelles. A son arrivée en France, il a essayé d’obtenir une protection des autorités en tant que mineur. Mais la France a considéré que son acte de naissance était un faux et l’a soumis à un examen osseux qui a déclaré qu’il était âgé de plus de 18 ans. Arrêté par la police le jour où la France lancé une intervention militaire dans le nord du Mali, il a passé cinq jours en détention avant d’être libéré par un juge administratif en raison du conflit faisant rage dans son pays.

Seul à 16 ans
Je suis arrivé en France le 28 octobre 2012. J’habitais avant à Gao avec ma famille mais notre maison a été attaquée par des rebelles en mars 2012. Comme je suis le plus jeune de ma famille, les rebelles m’ont laissé partir dans la salle de bain et j’ai pu m’échapper.

J’ai marché jusqu’à Bamako et j’ai rencontré un homme dans la rue qui a proposé de m’aider à quitter le Mali. Il ne m’a demandé aucun argent en retour. Nous sommes partis ensemble à l’aéroport mais il ne m’a jamais dit où nous allions. C’est seulement quand nous avons atterri que j’ai réalisé que nous étions en France. L’homme m’a alors laissé et a pris avec lui le faux passeport mais m’a laissé mon acte de naissance.

En quête d’une aide
Je ne savais pas quoi faire. J’ai finalement pris un train pour Nantes où on m’avait dit que je pourrais être pris en charge par les services sociaux en tant que mineur. Je suis allé dans un commissariat pour avoir plus d’informations mais ils ont appelé la préfecture. J’ai fait l’objet d’un test osseux selon lequel j’étais légalement majeur. La police m’a alors remis une obligation de quitter le territoire sans délai. Mais je ne savais pas quoi faire de cette décision et je n’ai pas fait de recours.

J’ai repris le train et je suis arrivé à Poitiers. J’ai été placé dans un centre d’accueil pour mineurs, géré par les services d’aide à l’enfance, à la mi-novembre 2012. En décembre, j’ai fait l’objet d’un nouveau test osseux. On ne m’a pas informé des résultats mais j’ai été arrêté dans le centre pour mineurs avec cinq autres personnes le matin du 10 janvier 2013.

Détention
J’ai été vraiment très choqué par les conditions de mon arrestation. Le centre pour mineurs était censé être un endroit sûr. Je ne pensais pas pouvoir être arrêté de cette façon. J’étais en train de prendre le petit-déjeuner lorsqu’une quinzaine de policiers est entrée avec des chiens. Cela faisait très peur. Je pensais qu’ils venaient arrêter d’autres jeunes qui avaient commis de petits délits. Je n’avais jamais rien fait de mal. Je ne pouvais donc pas imaginer être arrêté.

J’ai aussi été très choqué lorsqu’ils ont dit que j’avais utilisé un faux acte de naissance.

Pendant ma détention, il n’y avait pas grand chose à faire. Je faisais des allers-retours entre ma chambre et le réfectoire où se trouvait la télévision. Je trouvais que le temps passait très lentement. Je m’ennuyais. J’avais beaucoup de mal à dormir car j’avais très peur de ce qui allait m’arriver : combien de temps j’allais rester là ? Est-ce qu’on allait me renvoyer au Mali ? Qu’est-ce qu’il allait m’arriver là ? Je voulais vraiment savoir ce qui allait arriver.

J’ai été libéré par un tribunal le 15 janvier. J’imagine que j’ai été libéré en raison de la guerre au Mali. Je n’ai reçu aucune information après ma libération et je ne sais donc pas ce qu’il va m’arriver dans le futur. J’ai très peur d’être renvoyé au Mali. Je n’ai plus personne là bas : mon frère, qui était dans l’armée, a été tué et je ne sais pas ce que ma mère est devenue. Mon père est mort quand ma mère était enceinte de moi.

Croiser les doigts
Après ma libération, je suis retourné à Poitiers où je suis maintenant aidé par une association pour ma procédure administrative. Ils m’aident pour ma demande d’asile. Je n’ai pas d’endroit stable pour dormir. J’ai très peur d’être à nouveau arrêté par la police. J’ai l’impression que cela peut arriver à tout moment et que je ne suis pas en sécurité.

Tout ce que je veux c’est aller à l’école, suivre une formation pour pouvoir travailler plus tard. Je voudrais devenir joueur de football professionnel mais je sais que c’est très difficile. Je ne sais pas ce qu’il va m’arriver. J’attends la décision sur ma demande d’asile avec beaucoup d’inquiétude.

Un an en France
Il est « non-éloignable » en raison d’un risque de violation de l’article 3 de la CEDH.