Ulrich Maximilien, 33 ans, Centrafrique

«  Je ne peux pas rentrer dans mon pays car je risque d’y être emprisonné ou d’y être assassiné »

En 2009, Ulrich Maximilien a profité d’une formation en Chine pour fuir le régime autoritaire du général Bozizé. Une fois en France, il a demandé l’asile mais son dossier a été rejeté par l’OFPRA[1] de même que son appel par la CNDA[2]. Arrêté et placé en centre de rétention administrative en janvier 2013, il a demandé un réexamen de sa situation mais son dossier a été de nouveau rejeté. Faisant face à un risque de mauvais traitement dans son pays, la CEDH a suspendu son éloignement. En conséquence, il a été libéré par l’administration après 35 jours. Depuis lors, il est assigné à résidence dans l’attente de la décision définitive de la CEDH. Il est non éloignable en raison du risque de violation de l’article 3 de la Conv. EDH.

 

La fuite de Centrafrique via la Chine
J’étais incorporé dans l’armée centrafricaine depuis 2003 et, en 2009, j’ai obtenu une bourse pour effectuer une formation militaire en Chine. A l’issue de ma formation, je suis parti en France en avion avec mon passeport et un visa Schengen court séjour délivré par les autorités françaises. Je suis resté en France après l’expiration de mon visa en raison de mes craintes dans mon pays d’origine.

J’ai fait une demande d’asile en 2010. Celle-ci a été rejetée par l’OFPRA. J’ai exercé un recours auprès de la CNDA. Mais je n’ai jamais reçu de convocation pour la CNDA parce que la personne chez qui je recevais mon courrier ne m’a pas averti de la réception du courrier de la CNDA. J’ai seulement été informé de la décision de rejet de la CNDA quand j’ai été interpellé par les services de police et placé en rétention le 3 janvier 2013. J’ai donc poursuivi mes démarches pour obtenir l’asile en rétention.

La Cour européenne en dernier ressort
Je ne peux pas rentrer dans mon pays car je risque d’y être emprisonné ou d’y être assassiné. En effet, avant mon départ de Centrafrique, je faisais partie de l’armée. La formation militaire à laquelle j’ai participé en Chine a représenté pour moi une opportunité de fuite puisque j’avais refusé de suivre les ordres venant de ma hiérarchie. Je n’étais pas le seul à avoir refusé la mission et le lieutenant a exécuté l’un de mes collègues et jeté son corps dans l’eau. Ils m’ont pris, ils m’ont ligoté et ils m’ont menacé avec des couteaux en répétant qu’ils allaient me tuer. J’ai néanmoins eu la chance d’être relâché grâce aux liens que j’entretiens avec de hautes personnalités.

Depuis mon départ, j’ai appris que mon père et mon frère ont fui le pays. J’ai aussi appris que mon chef de section avait été assassiné. J’ai par ailleurs plusieurs collègues de l’armée qui sont portés disparus. J’ai enfin pris connaissance du fait que je figure sur la liste des personnes recherchées.

Lorsque j’étais en détention, l’administration a tenté de m’éloigner à plusieurs reprises. Dans un premier temps, elle ne pouvait pas le faire parce que ma demande d’asile bloquait tout éloignement. Suite au rejet de ma demande d’asile en rétention, j’ai été emmené à un vol à destination de mon pays que j’ai refusé. Un autre vol était prévu dès la semaine suivante. Mais, la veille de mon vol, la Cour européenne des droits de l’Homme a suspendu l’éloignement. J’ai ainsi été libéré du centre de rétention et je suis à présent assigné à résidence.

Détention
En détention, je me sentais mal à l’aise parce que je souffrais de problèmes d’hypertension. J’allais donc voir l’infirmière deux fois par jour.

Je priais tous les jours en me levant, je prenais ma douche, je sortais et discutais un peu avec les gens. Je regardais la télé. Parfois, il faisait froid. Il y avait des problèmes d’électricité. J’ai dû changer de chambre car le chauffage ne marchait pas dans la mienne. Je dormais car j’angoissais.

Mes amis m’ont beaucoup déçu. Ils ont profité du fait que j’étais en rétention pour prendre mes biens. Ils pensaient que je serais renvoyé dans mon pays. J’essaye petit à petit de tout récupérer.

Envie de stabilité
Je pensais avant d’arriver en France pourvoir obtenir mes papiers et vivre comme les autres : travailler, respecter la loi et construire mon foyer. Je pensais que ça allait être difficile mais c’est dur.

Mon rêve est de partir vivre en Angleterre. Pour travailler là-bas, il faut savoir parler l’anglais, donc j’aimerais m’y installer pour apprendre l’anglais. J’ai une formation militaire donc je pourrais peut-être entrer dans la légion étrangère mais je ne pense pas que ce soit mon destin parce que j’aimerais créer des activités et être porteur de projets.

A l’avenir, je chercher une stabilité. J’espère pouvoir y arriver.

4 ans en France


[1] Office français de protection des réfugiés et apatrides.

[2] Cour nationale du droit d’asile.